En psychiatrie, le sommeil est au coeur du
trouble bipolaire, qui touche
1,6 million de Français, car les variations d’humeur suivent le
rythme circadien, l’horloge interne qui cadence
nos journées. Aujourd’hui, une équipe italienne s’est penchée
sur le profil des personnes dites du matin, du soir ou
intermédiaires. Présentés le 29 mars 2026 au Congrès
européen de psychiatrie à Prague (République tchèque), ces
résultats suggèrent que ce « chronotype » n’est pas neutre pour
l’humeur. La question devient alors directe : être
couche-tard change-t-il vraiment le risque ?
Pour le vérifier, les chercheurs ont recruté 2 031 adultes en
Italie. Tous ont rempli des questionnaires sur leur chronotype,
leur tempérament (Brief-TEMPS-M), leur régulation des émotions
(DERS) et des tests comme le MDQ et le HCL-32-R2. Au final, 22,8%
des participants étaient « du soir », 22,2% « du matin » et 55,0%
avaient un profil neutre.
Chez les profils « du soir », les scores de traits dépressifs,
anxieux, irritables et cyclothymiques, ainsi que la difficulté à
gérer ses émotions, étaient plus élevés que chez les autres. Ce qui
suggère « une vulnérabilité accrue au trouble bipolaire », soulignent les
auteurs dans leur communiqué.
« Un lien entre le chronotype du soir et les tempéraments
affectifs associés à la vulnérabilité bipolaire »
« Nos résultats confirment fortement l’existence d’un lien entre
le chronotype du soir et les tempéraments affectifs associés à la
vulnérabilité bipolaire. Les personnes ayant un rythme
veille-sommeil plus tardif sont plus susceptibles de présenter une
dysrégulation émotionnelle et des symptômes bipolaires infracliniques
(symptômes qui ne se manifestent pas cliniquement et qui doivent
être décelés par des examens, NDLR), même au sein de la population
générale », explique G. Pontoni, auteur principal de l’étude.
Concrètement, avoir un chronotype du soir
signifie s’endormir et se réveiller plus tard que la moyenne, avec
un pic d’énergie en soirée. Ce profil, proche du retard de phase
décrit par les spécialistes du sommeil, existe dans la population
générale mais aussi fréquemment chez des patients suivis pour un
trouble bipolaire.
Dans l’étude italienne, ces couche-tard cumulaient davantage de
traits dépressifs, anxieux, irritables et cyclothymiques, avec une
dysrégulation émotionnelle mesurée par l’échelle DERS. Sur le MDQ
et l’HCL-32-R2, ils présentaient plus de symptômes bipolaires
infracliniques, c’est-à-dire des signes qui restent en dessous du
seuil d’un diagnostic posé par un psychiatre.
« La pertinence du chronotype lors de l’évaluation des symptômes
de l’humeur »
Les analyses montraient que le profil du soir et le tabagisme
étaient les deux principaux facteurs, alors qu’une bonne ou
excellente qualité de sommeil semblait
protectrice, même en se couchant tard. Les auteurs encouragent les
médecins à questionner ces habitudes de sommeil.
« Ces résultats soulignent la pertinence du chronotype lors de
l’évaluation des symptômes de l’humeur et des difficultés de
régulation des émotions. La prise en compte des préférences
veille-sommeil en plus de l’évaluation clinique standard peut aider
les cliniciens à mieux identifier le risque et à adapter le suivi
le cas échéant », conclut Andrea Fiorillo, président de
l’Association européenne de psychiatrie.
Quid des troubles bipolaires ?
Les troubles
bipolaires se caractérisent par l’alternance de phases
maniaques ou hypomaniaques et de phases dépressives. En France,
2,5% de la population serait concernée. A échelle mondiale, on
estimait que 37 millions de personnes (soit
0,5 % de la population mondiale), dont environ 34 millions
d’adultes, étaient concernées en 2021. C’est pourquoi, ce trouble
mental fait l’objet de nombreuses recherches.
Récemment, une équipe internationale de scientifiques a passé au
crible trente ans d’IRM cérébrales et découvert des
anomalies communes dans le cerveau de milliers de personnes
atteintes de schizophrénie ou de trouble bipolaires. Les
chercheurs décrivaient un même type d’altération dans le corps
calleux, le grand pont de fibres qui relie les deux hémisphères.
« Cette altération a été observée sur l’ensemble du spectre de la
psychose, et non pas limitée à un seul diagnostic. Cela étaye
l’idée que les perturbations de la connectivité cérébrale
pourraient représenter une caractéristique biologique centrale de
la psychose. »