Chaque printemps, la même inquiétude revient sur les sentiers de
promenade : les tiques et les maladies qu’elles
transportent. Ces parasites qui se nourrissent de sang restent
accrochés plusieurs jours à la peau humaine ou animale, le temps de
transmettre des agents infectieux comme la maladie de Lyme
ou l’encéphalite à tiques. En France, entre 2009 et 2021, le nombre
de cas annuels estimés est allé de 26146 à 68530 avec une tendance
à la hausse. En l’absence de traitement antibiotique précoce, la
maladie de Lyme peut causer, pendant plus de six mois, voire des
années après la piqûre, des troubles cutanés, neurologiques,
articulaires, cognitifs, cardiaques ou ophtalmologiques.
Fort heureusement, des chercheurs français pensent avoir trouvé
une faille décisive : couper le « robinet » de la salive des
tiques. En décodant comment le système nerveux contrôle
leurs glandes salivaires, une équipe de
l’Inrae et de l’Anses ouvre
aujourd’hui la voie à des répulsifs ciblés, capables de neutraliser
la tique avant même qu’elle ne transmette quoi que ce soit.
« Sans sa salive, la tique ne peut transmettre aucune maladie,
parce que quand elle reste plusieurs jours attachée à son hôte,
elle doit produire en permanence de la salive pour l’anesthésier,
sinon elle serait repérée et supprimée », explique Ladislav Simo,
directeur de recherches à l’Inrae, à Franceinfo le 31 mars. « En
faisant ça, elle neutralise la réponse immunitaire de l’hôte et
c’est la porte ouverte aux infections. »
Dans le cerveau de la tique, deux interrupteurs pour contrôler
la salive
Concrètement, cette salive contient un cocktail de molécules qui
anesthésie la peau, fluidifie le sang et brouille les défenses
immunitaires. La tique peut alors se nourrir discrètement pendant
plusieurs jours. Selon l’Inrae, plus d’une tique sur quatre en
France porte un agent infectieux pour l’homme, ce qui fait de ce
minuscule acarien un enjeu majeur de santé publique.
Pour comprendre comment couper ce flux, les scientifiques ont
cartographié le lien entre le « cerveau » de la tique, appelé
synganglion, et ses glandes salivaires. Chez la femelle de l’espèce
européenne Ixodes ricinus, environ 1 000 acini producteurs
de salive sont pilotés par seulement deux neurones, épaulés par
quatre neurones supplémentaires dédiés à certains types
d’acini.
Les chercheurs ont montré que deux voies de signalisation,
activées par l’acétylcholine via des récepteurs
cholinergiques, règlent à la fois le débit de liquide et
la composition du cocktail salivaire. Trente-sept substances
différentes ont été testées pour activer ou bloquer ces récepteurs,
avec l’identification d’une cible très particulière : un récepteur
présent chez la tique, mais absent chez l’humain.
Vers des gels et patchs qui empêchent
la tique de piquer ?
« Si on cible le système de salivation avec de nouveaux types de
répulsifs, de gels ou de patches, on bloque la production de salive
sans affecter l’hôte », détaille encore Ladislav Simo. L’idée serait
de déposer sur la peau ou sur le pelage des animaux une molécule
qui perturbe ce récepteur spécifique, rendant la tique incapable de
mener à bien son repas sanguin.
« Sans salive, pas de piqûre et donc pas de transmission de
maladie. » La formule de Ladislav Simo résume l’ambition du projet
AxoTick, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) :
transformer ces résultats fondamentaux en candidats répulsifs, sous
forme de sprays, gels ou patchs. Ces produits n’existent pas encore
sur le marché, mais ils esquissent une nouvelle génération d’outils
pour neutraliser les tiques avant qu’elles ne nuisent.
En l’absence d’un tel traitement, continuez à adopter les gestes
de sécurité qui s’imposent. Quand vous revenez d’une balade en
forêt, prenez l’habitude de retirer vos vêtements dans l’entrée et
de les mettre directement à la machine ou au moins au sèche-linge
chaud pendant dix minutes. Aussi, veillez également à bien
inspecter votre corps (même des zones comme l’aine, les aisselles
ou l’arrière des oreilles). Quand elles tombent, les tiques
laissent une petite marque rouge en forme de cible. Si vous êtes
concerné, retirez la bête à l’aide d’une pince épilée, en veillant
bien à ne ni tordre ni comprimer son corps.
Désinfectez la zone et surveillez toute éventuelle
apparition de fièvre, d’éruption cutanée ou de douleurs musculaires
et articulaires dans les jours qui suivent.