Prendre du temps pour soi quand on est parent, ça ne va pas de soi. La société a longtemps valorisé le sacrifice comme preuve d’amour. Se consacrer entièrement à ses enfants, mettre ses propres besoins de côté, tenir quoi qu’il arrive… « On a ancré cette notion de sacrifice dans la parentalité. Et avec l’individualisation, les parents souvent isolés, seuls avec les enfants. Toute la responsabilité est sur leurs épaules », observe Carole Lozupone-Daudon, psychologue. Mais, ce modèle, aussi bien intentionné soit-il, peut être contre-productif pour les enfants.
Comme l’observe la psychologue, quand un parent est épuisé, l’enfant le ressent profondément : « L’enfant va se câbler sur ce système nerveux. Il va être mal aussi. » Et au-delà du ressenti immédiat, c’est un modèle de vie qu’il apprend à reproduire : « Il va apprendre que ce qu’il faut faire dans la vie, c’est s’asseoir sur ses besoins, se sacrifier. » Les enfants n’apprennent pas seulement de ce qu’on leur dit. Ils apprennent de ce qu’ils voient : « L’éducation, c’est 95 % de ce qu’ils vont absorber. Dans l’infra-verbal, dans nos gestes, dans nos mimiques, dans ce qu’on dit aux autres, dans ce qu’on fait. » Un parent qui prend soin de lui enseigne à son enfant, sans un mot, que s’occuper de soi est légitime : « Les parents qui font du sport au vu et au su de leurs enfants, même si ce n’est pas dans la maison, s’ils savent que les parents vont courir tous les matins, vont absorber ça et auront plus tendance à être sportifs. »
La dissonance cognitive que vivent les enfants
Certains parents font tout pour bien faire : ils ont les bons mots, encouragent leur enfant à exprimer ses émotions, lisent des ouvrages sur la parentalité bienveillante. Mais, dans le même temps, eux-mêmes s’assoient sur leurs propres besoins, retiennent leurs larmes, ne prennent aucun temps pour eux : « Les enfants, pour eux, c’est une dissonance cognitive énorme. Maman me dit ça pour moi, mais elle, ce n’est pas du tout ce qu’elle fait. » Et même sans en avoir conscience, ça s’imprime chez l’enfant : « C’est la tragédie : les parents font vraiment de leur mieux et au final, ça donne l’effet inverse. »
La pression invisible que l’on fait peser sur l’enfant
Il y a un autre effet, plus insidieux encore. À force de tout donner, de mettre l’enfant au centre de tout, on lui fait porter une pression invisible. « C’est ‘je vais tout donner pour toi, donc t’as intérêt à être heureux’ », confie la psychologue. Un enfant qui concentre tous les regards, toute l’énergie familiale, se retrouve paradoxalement moins libre. Alors, comment prendre soin de soi en tant que parents ? Prendre soin de soi, c’est savoir dire stop. Comme le conseille Carole Lozupone-Daudon, le temps pour soi n’est pas du temps passé en famille entre deux tâches ménagères. Cela passe aussi par des choses très concrètes, comme savoir dire à son enfant que l’on n’est pas disponible : « Si parfois on sent qu’on n’a plus de patience, on peut dire ‘non, franchement, je n’ai pas de patience’. Parce que sinon, de toute façon, on va finir par crier sur son enfant. »
De l’importance du partage des tâches au sein de la famille
Pour les parents qui ne savent pas par où commencer, la psychologue a identifié un levier concret : redistribuer les tâches du foyer. Vous pouvez mettre en place un tableau qui permet de visualiser une répartition claire entre tous les membres de la famille, y compris les enfants selon leur âge : « L’enfant va voir que maman a aussi des besoins, elle sait poser ses limites. » Si cela peut être difficile à appliquer qu quotidien, la psychologue conseille aux parents d’aborder la vie de famille avec douceur, sans chercher la perfection : « Ce n’est pas évident. Ne croyez pas ceux qui vous disent que ce n’est pas dur, c’est très dur. Les besoins des enfants sont intenses, et plus ils sont petits, plus c’est intense. »