Il y a des enfants qui épuisent. Ceux qui débordent d’émotions, qui résistent à tout, qui testent les limites sans relâche… Leurs parents se demandent parfois, en silence, comment ils vont tenir. Charlotte Durand, psychologue, leur adresse un message clair : « Je peux leur dire et leur affirmer que ça ne durera pas. Il faut qu’ils tiennent le coup. » Et surtout, ce qui épuise aujourd’hui prépare souvent quelque chose de remarquable.
Ce que la psychologue observe dans sa pratique va à l’encontre des idées reçues. Les enfants qualifiés d’épuisants ne sont pas des enfants « à problèmes ». Ce sont des enfants intenses et sensibles. Cela peut devenir des qualités propices à développer de grandes capacités : « Ces intensités émotionnelles vont leur permettre de se connaître et de pouvoir développer une analyse fine de leurs émotions. Cela va être un appui dans la construction de leur personnalité », explique Charlotte Durand. Plus les problématiques ont été intenses dans l’enfance, plus les traits de personnalité qui en émergent sont parfois remarquables.
Changer de regard sur son enfant
C’est au moment de l’adolescence que cette transformation s’opère : « L’adolescent va traiter inconsciemment ses problématiques de l’enfance et ses problématiques émotionnelles. Ces traitements vont aboutir à l’élaboration de la personnalité. » Ce qui semblait chaotique trouve alors une forme d’ordre singulier.
Charlotte Durand invite les parents à opérer un changement de perspective. Ce qui est vécu comme un défaut, une difficulté, un trait de caractère problématique, peut être requalifié autrement : « Il serait intéressant de se dire que c’est une force, une qualité, un plus. C’est un appui pour la suite. » Cela soulage le parent au moment des difficultés. Un enfant qui déborde n’est pas un enfant qui déraille. C’est un enfant qui construit, à sa façon, les ressources qu’il portera toute sa vie, assure la psychologue.
Ce que les parents peuvent faire concrètement
Face à un enfant intense, deux postures sont essentielles selon la psychologue. La première est de maintenir un cadre ferme : « Le parent doit maintenir un cadre ferme afin de rassurer l’enfant et de le contenir lorsqu’il va être fragilisé lors de moments de tension psychique et affective. » La structure ne s’oppose pas à la sensibilité de l’enfant. Elle la protège en lui imposant des limites claires et saines pour l’enfant.
La seconde posture est tout aussi importante : valoriser et soutenir. Car un enfant difficile à élever entend souvent, directement ou indirectement, qu’il est trop, qu’il est épuisant, qu’il est insupportable. « Il est important de le valoriser et de le soutenir afin qu’il n’ait pas juste l’impression d’être ‘insupportable’ », insiste Charlotte Durand.