toutes les questions que posent les deux nouveaux traitements


Cette année 2025 a connu bien des péripéties sur le front des traitements contre la maladie d’Alzheimer. Soufflant le chaud et le froid auprès des patients, qui ne disposent aujourd’hui ni d’un traitement curatif, ni de médicaments agissant sur les symptômes remboursés. Mais depuis des mois, l’apparition de deux nouveaux traitements, assez semblables, le Leqembi (lécanémab) et Kisunla (donanémab), suscitent l’enthousiasme des médecins et patients… Mais aussi beaucoup de doutes. Pourquoi ces nouveaux traitements sont sujets à controverse? Pour quels patients sont-ils indiqués? Quels sont leurs effets indésirables?

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Que peut-on espérer du Leqembi et Kisunla, ces nouveaux traitements contre la maladie d’Alzheimer?

Dès fin 2022, un nouveau traitement semblait avoir passé tous les tests: le lécanémab. Un essai clinique de phase 3 démontrait que cette molécule permettait de ralentir le déclin cognitif chez des patients en début de maladie. Concrètement, les patients inclus dans l’essai voyaient une légère amélioration de la mémoire, des repères dans l’espace et des capacités de jugement sur 18 mois. Pas de quoi parler d’une thérapie qui soigne la maladie, mais ce nouveau procédé permettait d’améliorer un peu la qualité de vie. Dans quelle mesure? C’est toute la question. Dans le détail, pour évaluer l’intérêt de ce nouveau traitement, le laboratoire s’appuie sur une échelle de notation des troubles cognitifs allant de 0 à 18, ce dernier chiffre reflétant la phase la plus avancée de la maladie. Le groupe ayant reçu du Leqembi présentait une augmentation plus faible du score par rapport au groupe placebo: 1,22 contre 1,76. Pour certains spécialistes, c’est une trop maigre amélioration, pour d’autres, c’est tout de même un effet et une bonne nouvelle. « Les essais cliniques dévoilent un ralentissement du déclin cognitif de 27 % après 18 mois, soit environ neuf mois de déclin « gagnés » sur deux ans », plaide la Fondation Vaincre Alzheimer.

Ce traitement développé par le laboratoire Eli Lilly marche dans les pas du Leqembi. En 2023, un essai clinique dévoile que le donanémab provoquait également un ralentissement du déclin cognitif de 22 % en 18 mois… atteignant même 35 % chez certains patients.

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A quels patients s’adressent ces traitements?

En raison de risques décuplés chez un certain type de patients, l’EMA a restreint l’accès à ce traitement. « Il est destiné à être utilisé chez les personnes qui ne possèdent qu’une seule copie ou aucune copie du gène ApoE4, une certaine forme du gène codant pour la protéine apolipoprotéine E, et qui présentent des plaques bêta amyloïdes dans le cerveau », précise l’EMA. Plus important encore, ce traitement ne pourra être prescrit qu’en début de maladie, une fois le diagnostic posé et confirmé par une imagerie. Est-ce que cela concernerait une minuscule partie des patients? Loin de là. « Les estimations tournent autour de 300 000 patients, assure Marion Lévy, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer. Sachant que selon France Alzheimer, environ 1,4 million de Français seraient touchés par cette pathologie neurodégénérative en 2025.

Les indications sont les mêmes que pour le Leqembi: il devrait être prescrit aux patients qui ont des plaques amyloïdes dans le cerveau et en début de maladie, avec une restriction génétique. Ces deux traitements visent donc le même public et ne viendront pas se compléter.

Quels sont les effets secondaires possibles?

« Le Leqembi expose à un effet dont on parle peu: une réaction à la perfusion », pointe Marion Lévy. Mais le risque connu, qui inquiète le plus et qui explique la frilosité des autorités de santé, c’est celui des petites hémorragies ou des œdèmes au niveau du cerveau, les ARIA. Des conséquences très fréquentes: près de 21% des patients ont connu l’un ou l’autre problème dans la première étude réalisée. « Dans la majorité des cas, ces effets indésirables sont asymptomatiques, mais environ 2 % des patients développent des formes plus sévères, avec céphalées, état confusionnel, étourdissements ou nausées », reprend Marion Lévy. Les neurologues, conscients de ces risques, ont d’ailleurs déjà établi des recommandations pour un suivi très strict de ces ARIA, car ces accidents devront être repérés rapidement et si besoin le traitement sera arrêté.

Les effets indésirables sont semblables et ce traitement nécessitera également un suivi rapproché. 

Quand les patients français peuvent-ils espérer avoir accès à ces deux traitements innovants?

Le parcours pour le rendre accessible aux patients français s’annonce tortueux… et inachevé. L’Agence européenne du médicament (EMA) a rendu un avis négatif pour sa commercialisation en juillet 2024… puis s’est ravisée en novembre. En avril 2025, c’est au tour de la Commission européenne de donner son accord. Mais son accès semble beaucoup plus compromis depuis que le 9 septembre, la Haute Autorité de Santé a rendu un avis négatif sur l’accès précoce au Leqembi. En effet, elle a estimé que le bénéfice était insuffisant par rapport aux risques. Concrètement, cela signifie que les patients français ne pourront pas avoir accès au Leqembi avant de nombreux mois. « La HAS a considéré que l’urgence n’était pas là, regrette Marion Lévy. Alors qu’une fois que la maladie s’installe, les symptômes deviennent de plus en plus sévères, jusqu’à une perte d’autonomie.

Les patients éligibles en septembre 2025 ne le seront peut-être plus en septembre 2026. » Aucun doute, la déception est grande du côté des patients. La Fondation Vaincre Alzheimer avait mené un sondage auprès des malades et leurs proches: 47% se disaient prêts à prendre ce traitement en dépit des risques. Le stop émis par la HAS envoie un signal dissonant côté français, alors que le Leqembi vient d’être autorisé en Autriche et en Allemagne. En revanche, cela ne préjuge pas du remboursement futur, car la HAS doit rendre un deuxième avis sur cette question et l’autorisation de mise sur le marché européenne perdure. Ce qui signifie que les patients français pourraient avoir accès au Leqembi un jour: quand et à quel prix, nul ne le sait aujourd’hui. 

Comme son cousin, ce traitement a d’abord reçu un avis négatif de l’EMA… avant un feu vert le 25 juillet 2025. En cause, les effets indésirables trop importants et fréquents. En revanche, le laboratoire a modifié le mode d’administration en réduisant les doses. Résultat? Les effets secondaires sont passés de 23,7 % des patients à 13,7 % après 6 mois de traitement. Sans éliminer les bénéfices du traitement. La preuve que de petites modifications peuvent changer la donne. « Si on fait un parallèle avec le cancer, les premiers traitements avaient aussi des effets secondaires très importants, pourtant les patients y ont eu accès et ces traitements se sont améliorés au fil du temps », avance Marion Lévy. On est encore plus loin d’une arrivée sur le marché pour ce traitement. En effet, il faudra encore attendre un avis définitif de la Commission européenne… avant de faire une demande auprès de la HAS. 

Est-ce que tous les malades pourront y avoir accès?

Au-delà des questions de temporalité, ces nouveaux traitements soulèvent deux autres problèmes. Le premier, c’est leur coût. Si on ne connaît pas leur prix en France, actuellement négocié, on sait qu’aux Etats-Unis, un patient doit débourser autour de 22 000 euros par an, en Allemagne près de 24 000 euros par an pour avoir du Leqembi. Si ce dernier devenait accessible, mais non remboursé, cela constituerait un frein de taille. Même topo pour le Kinsunla.

Deuxième difficulté: ces deux traitements s’adressent à des patients en début de maladie. Mais on sait combien le parcours pour obtenir un diagnostic d’Alzheimer reste long et compliqué en France… et que, souvent, les malades sont repérés à un stade avancé.



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