la santé de nos enfants se mesure aussi en centimètres, faisons du suivi de leur croissance une priorité nationale


En 2024, seuls 20 % des enfants de 6 ans ont bénéficié de l’examen médical scolaire, pourtant fortement recommandé et devenu obligatoire depuis le 1er janvier 2025, un signe inquiétant. En France, moins de la moitié des parents mesure leurs enfants chaque année, et seuls 25 % d’entre eux consignent ces données dans le carnet de santé de leurs enfants.

Un élan politique, qui doit être maintenu à tout prix

Les institutions publiques ont amorcé une dynamique avec la stratégie des 1 000 premiers jours, officiellement initiée en France en septembre 2019 par le ministère des Solidarités et de la Santé. Cette approche a structuré les actions autour de la période périnatale et de la toute petite enfance, y compris le suivi de la croissance des enfants.

En mai dernier, la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, a annoncé un plan de « refondation » de la médecine scolaire, visant à ce que 100 % des élèves de 6 ans bénéficie d’une « analyse personnalisée de leur situation de santé », incluant le suivi de la croissance. Un dépistage qui permet le bon suivi de la santé des enfants et présente l’intérêt d’être facilement réalisable et peu coûteux. Cette annonce est intervenue dans un contexte critique : à peine 1 000 médecins scolaires font face aux besoins de plus de 12 millions d’élèves.

Depuis janvier 2025, une nouvelle version du carnet de santé papier est entrée en vigueur, intégrant un examen à 6 ans recommandé par le Haut Conseil de la santé publique.

Les regards se tournent désormais vers 2026 et les promesses de digitalisation du carnet de santé. Celui-ci, intégré à « Mon Espace Santé », comportera les courbes de croissance actualisées, le suivi en temps réel des données des enfants, des alertes automatisées et interopérabilité entre logiciels professionnels. Un défi à relever par les institutions, notamment la Délégation du Numérique en Santé (DNS), afin de garantir un suivi préventif optimal et un accompagnement renforcé du développement de chaque enfant.

Un appel collectif à l’action

À l’heure où convergent volonté politique et innovation numérique, et où la prévention se place au cœur des enjeux de santé publique, l’Association Grandir, la Société Française de Pédiatrie (SFP), la Société Française d’Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique (SFEDP) et Novo Nordisk appellent à une mobilisation pour assurer le renforcement et la coordination du suivi de la croissance des enfants, avec trois mesures complémentaires et prioritaires.

  1. Ériger la croissance en indicateur national de santé, afin d’instaurer un suivi statistique annuel, au même titre que les taux de vaccination ou la mortalité infantile.
  2. Garantir l’interopérabilité des systèmes de suivi, en intégrant systématiquement les données de croissance dans « Mon Espace Santé », avec interopérabilité entre médecine scolaire, médecine de ville et PMI, mesure essentielle pour éviter les ruptures de suivi.
  3. Étendre les politiques de la petite enfance à la tranche d’âge des 3-6 ans, via le renforcement de la médecine scolaire notamment.

Un projet de société, pas seulement un sujet médical

Dans un contexte de creusement des inégalités de santé et de progression des pathologies chroniques, le suivi systématique de la croissance dépasse le cadre médical et devient un véritable projet de société.

La convergence entre volonté politique, innovation numérique et mobilisation des acteurs de terrain crée une opportunité qu’il est essentiel de saisir pour garantir à chaque enfant, quel que soit son milieu ou son territoire, les mêmes chances de grandir en bonne santé.

Liste des signataires :

  • Pr. Agnès Linglart, Présidente de la Société Française de Pédiatrie (SFP) ;
  • Béatrice Demaret, Présidente de l’Association Grandir ;
  • Pr. Sylvie Rossignol, Vice-Présidente de la Société Française d’Endocrinologie et Diabétologie Pédiatrique ;
  • Fabien Mselati, Vice-Président Maladies Rares Novo Nordisk.



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