

Dans un monde où l’exploration robotique et humaine de l’espace connaît un essor sans précédent, la cartographie des surfaces de Mars et de la Lune émerge comme un enjeu crucial, tant pour les scientifiques que pour le grand public.
Pour les chercheurs et ceux qui planifient les futures missions d’exploration et l’installation de bases habitées sur la Lune ou d’avant-postes martiens, disposer de cartes précises et détaillées est essentiel afin de planifier des missions d’observation, de comprendre la géologie de ces corps célestes et d’évaluer leurs ressources potentielles.
Parallèlement, l’intérêt croissant du grand public pour l’astronomie et l’exploration spatiale nourrit un besoin d’information sur ces terrains encore largement inexplorés. Les cartes fournissent non seulement des données scientifiques, mais éveillent aussi l’imagination et le rêve d’évasion vers des mondes lointains. En conjuguant rigueur scientifique et esthétique, la cartographie devient ainsi un outil révélateur qui permet de démocratiser l’accès à la connaissance et de partager les merveilles de l’espace avec un public toujours plus large.
Très, très heureuse de partager avec vous la sortie prochaine de mon premier atlas chez Armand Colin (@dunod_editeur) intitulé « Un petit pas sur la Lune, une roue sur Mars » ! ✨????
20 cartes de Mars et de la Lune, sortie le 29 octobre prochain ! #mappyproject pic.twitter.com/pNoK9GEMBW
— Blanche Lambert (@blambertcarto) October 12, 2025
C’est donc dans ce contexte enthousiasmant que nous avons interviewer Blanche Lambert, une cartographe indépendante passionnée par l’espace, qui publie demain (le 29 octobre) un livre de cartes d’une qualité et d’un niveau de détail inégalés pour un ouvrage. Avec des illustrations révélant la localisation des différentes missions habitées du programme Apollo ainsi que celles des robots et rovers américains, russes et chinois sur la Lune et Mars, son travail dans Un petit pas sur la Lune, une roue sur Mars (parution chez Armand Colin, éditions Dunod), offre une nouvelle perspective sur notre satellite naturel et la Planète rouge.
Au cours de cet échange, Blanche partage son parcours, la méthodologie derrière ses créations, ainsi que ses aspirations pour l’avenir de la cartographie spatiale.
Certes, les cartes mises en ligne sur Internet offrent des niveaux de détail sans commune mesure avec des cartes tracées sur du papier, mais l’intérêt de cet ouvrage réside dans son côté narratif et éducatif, permettant de raconter très brièvement l’histoire des explorations humaines et robotiques sur la Lune et Mars.
En intégrant des anecdotes sur les missions passées et des éléments contextuels, ce livre transforme chaque page en une expérience d’apprentissage immersive. Ainsi, il va au-delà de la simple représentation géographique, en faisant découvrir aux lecteurs les enjeux scientifiques et les défis de l’exploration humaine et robotique.
Carte lunaire de la mission Apollo 14 (février 1971) qui s’est posée dans la région accidentée de Fra Mauro. © Armand Colin
La parole à Blanche Lambert, cartographe indépendante et diplômée en géopolitique de l’Institut français de géopolitique et en géostratégie, défense et sécurité internationale.
Futura : Qu’est-ce qui vous a motivé à créer ce livre de cartes de Mars et de la Lune ?
Blanche Lambert : Depuis toute petite, je suis passionnée par l’Espace et par l’observation du ciel. Quand je suis devenue cartographe il y a quatre ans, j’ai souhaité expérimenter de nouvelles choses et notamment cartographier des espaces peu cartographiés. J’ai ensuite découvert avec énormément d’enthousiasme la quantité astronomique de données en sources ouvertes mises en ligne par la Nasa et par certaines universités américaines (Université de l’Arizona, Harvard notamment) et j’ai commencé à les utiliser avec mes logiciels de cartographie.
Après avoir travaillé le rendu de ces cartes, j’ai commencé à les publier sur les réseaux sociaux, ce qui a notamment attiré l’œil de Florian Boudinot, mon éditeur, et ça a été le point de départ de ce beau projet.
Futura : Pouvez-vous décrire la méthodologie que vous avez utilisée pour collecter et vérifier les données sur les missions spatiales et les rovers ?
Blanche Lambert : Tout d’abord, les cartes ont été faites avec plusieurs types de données. Il faut d’abord créer le fond de carte, avec des images qui émanent directement d’orbiteurs (par exemple, Viking-2 pour Mars, ou bien Clementine pour la Lune). Une fois traitées, j’ajoute effectivement les données sur les missions spatiales et les rovers : celles-ci proviennent directement des capteurs emportés à bord de ces missions. La plupart sont accessibles librement, directement en ligne, via des plateformes scientifiques. Quand elles ne le sont pas, j’ai utilisé des articles scientifiques de chercheurs qui, eux, avaient accès aux données.
Futura : Quels sont les éléments ou détails que vous pensez particulièrement importants pour les lecteurs de vos cartes ?
Blanche Lambert : À mon sens, l’élément qui devrait ressortir de ces cartes est la toponymie : tous les noms qui sont indiqués sur les cartes sont les vrais noms tels qu’ils sont reconnus par l’Union astronomique internationale. Pour les missions habitées Apollo, la plupart des noms ont été donnés par les astronautes eux-mêmes.
Blanche Lambert : Elles sont extrêmement importantes ! Je le vois surtout dans les images que j’utilise pour les fonds de cartes. Certaines sont assez datées (Viking-2 a été lancée en 1975 !), et même si elles restent extrêmement précieuses pour cartographier à petite échelle, la différence avec les images émanant de missions lancées plus récemment est absolument impressionnante !
Cela me permet, à mon poste de cartographe d’édition, de réaliser des cartes à plus grande échelle, mais cela permet surtout aux scientifiques d’étudier avec beaucoup plus de précisions toutes les spécificités de la surface de ces corps célestes !
Cette carte localise le site d’atterrissage du rover Perseverance de la Nasa et ses 800 premiers jours sur Mars. © Armand Colin
Futura : À qui destinez-vous principalement ce livre ? Est-ce pour les passionnés d’astronautique, les chercheurs, ou le grand public ?
Blanche Lambert : Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui veulent découvrir des espaces qui sortent de l’ordinaire, qui veulent rêver et voyager en dehors des sentiers battus. Bien sûr, il est pensé principalement pour le grand public et plus particulièrement pour les passionnés d’Espace et de cartographie, mais il peut parler à tout le monde.
Futura : Quelles futures missions sur Mars ou la Lune vous semblent prometteuses et pourraient enrichir vos cartes ?
Blanche Lambert : Je pense que toutes les missions prévues sont prometteuses et permettront, d’une manière ou d’une autre, d’enrichir les cartes lunaires et martiennes. J’attends bien sûr avec impatience les prochaines missions habitées du programme Artemis, qui pourront apporter beaucoup avec nos technologies actuelles. Je suis également très curieuse concernant les prochaines avancées et missions de la Chine, de la Russie, mais aussi de l’Inde sur la Lune et sur Mars, qui vont continuer à stimuler cette nouvelle course à l’Espace.
Futura : Qu’est-ce qui a été le « plus compliqué » dans la réalisation de ces cartes ?
Blanche Lambert : Il a été compliqué de jongler justement entre des données et des images plus ou moins datées. Il fallait absolument trouver une harmonie générale au niveau de l’ouvrage. La différence de précision entre les données, par exemple, de la mission Apollo 11 (Lune) et de la mission Perseverance (Mars), a été difficile à harmoniser au niveau du rendu esthétique.
Futura : Avez-vous des projets futurs en tête, éventuellement dans d’autres domaines de la cartographie liés au spatial ?
Blanche Lambert : Je réalise également des planisphères de corps célestes que je propose sur ma boutique en ligne (AB Pictoris) : à ce jour, j’ai réussi à réaliser des cartes complètes de la Lune, de Mercure, Vénus, Mars, Io et Ganymède.
J’attends avec beaucoup d’impatience toutes les données qui émaneront notamment des missions à destination des satellites galiléens de Jupiter (missions Juice, Europa Clipper), pour compléter la collection avec une carte complète d’Europe et de Callisto !