

Les chercheurs du recensement océanique Nippon Foundation-Nekton ont mené deux campagnes d’exploration dans les profondeurs glacées de l’océan austral, autour des îles Montagu et Saunders, dans l’archipel des Sandwich du Sud. À l’aide du robot sous-marin SuBastian, ils ont exploré caldeiras volcaniques et fosses abyssales jusqu’à 3 601 mètres de profondeur.
C’est là qu’ils ont repéré une nouvelle espèce d’éponge du genre Chondrocladia, entièrement couverte de petites sphères transparentes hérissées de crochets microscopiques : de véritables pièges pour les proies imprudentes. Une apparence redoutable qui lui a valu son surnom de « boule de la mort ».
Une éponge carnivore du genre Chondrocladia, surnommée « boule de la mort », a été découverte à 3 601 mètres de profondeur dans l’océan Austral. © Recensement océanique Nippon Foundation-Nekton, Institut océanique Schmidt © 2025
Au total, près de 2 000 spécimens appartenant à 14 groupes d’animaux ont été collectés, et les scientifiques n’en sont encore qu’au début de leurs analyses. « L’océan austral reste largement sous-échantillonné ; moins de 30 % des échantillons ont été étudiés », souligne la biologiste Michelle Taylor, responsable scientifique du programme.
Des créatures aussi fascinantes qu’inattendues
En plus de cette éponge meurtrière, les chercheurs ont identifié une multitude d’espèces inédites : un ver écailleux aux reflets irisés découvert à 2 700 mètres de profondeur, de nouvelles pennatules (certaines d’un esthétisme étonnant), des étoiles de mer, coraux noirs, et même un calmar colossal juvénile filmé pour la toute première fois.
L’équipe a également observé des créatures bien connues des abysses : les vers zombies, ces animaux dépourvus de bouche qui se nourrissent grâce à des bactéries symbiotiques décomposant les graisses des carcasses.
Cette pennatule fait partie des divers espèces inédites identifiées par les chercheurs. © Paul Satchell / The Nippon Foundation-Nekton Ocean Census/Schmidt Ocean Institute © 2025
Une course contre la montre pour explorer l’océan
L’expédition a aussi permis de visiter une zone récemment libérée des glaces après le vêlage de l’iceberg A-84 de la barrière de glace George VI. C’est la première fois qu’une équipe humaine observe ces fonds auparavant dissimulés sous plus de 150 mètres de glace.
Le recensement océanique vise à identifier 100 000 nouvelles espèces marines parmi les 1 à 2 millions supposées vivre dans nos océans. Pour Mitsuyuki Unno, directeur exécutif de la Fondation Nippon, « accélérer la découverte d’espèces n’est pas un luxe scientifique, mais une nécessité pour le bien commun ».
Chaque nouvelle mission rapproche un peu plus les chercheurs de la compréhension des mystères du monde sous-marin, un monde qui, visiblement, n’a pas fini de nous surprendre.