Glossodynie : quand la bouche est en feu


Bien identifier les causes possibles d’une glossodynie

« La glossodynie peut survenir suite à des soins dentaires mal vécus, un bruxisme (contraction involontaire des mâchoires pendant la journée ou le sommeil), une infection fongique, une sécheresse buccale liée à un traitement médicamenteux, le port d’un dentier, un déficit en vitamines B1, B6 et B12, une maladie chronique comme le diabète, ou très exceptionnellement une allergie », précise le Pr Cousty. En lien avec des facteurs extérieurs, la glossodynie est dite secondaire. 

Dès lors, certains examens médicaux (prélèvement de salive pour rechercher un champignon, analyses sanguines pour mettre en évidence des carences ou une anémie, des tests allergiques…) pourront être utiles pour rechercher l’origine de ces douleurs buccales et adapter la prise en charge.

Mais dans de nombreux cas, l’examen clinique ne retrouve aucune cause précise : on parle alors de glosssodynie primaire. En l’absence de causes clairement identifiées, plusieurs hypothèses sont aujourd’hui à l’étude. Le corps médical suspecte notamment une origine neurologique, qui provoquerait une diminution des petits nerfs de la langue générant une douleur localisée et une diminution du seuil de sensibilité à la douleur. Mais également une cause psychosomatique liée à des événements de vie douloureux, du stress, de l’anxiété, voire une dépression.

Crampes, irritations, rougeurs…

« En général, ce sont des patients anxieux qui observent très souvent leur langue avec inquiétude, notant parfois ce qui leur semble être des altérations organiques comme, par exemple, un changement de couleur des papilles, une légère déformation du bord de la langue, explique le Pr Cousty. Ils craignent un cancer et restent persuadés qu’aucun dentiste ou médecin n’a trouvé l’origine de leur mal et qu’il y a forcément quelque chose de grave. »

Cette anxiété s’accompagne souvent de contractures et de mouvements inconscients de la langue contre le palais et/ou les gencives. Il en résulte alors des crampes, des irritations et des rougeurs de l’ensemble de la zone sollicitée qui focalisent plus encore l’attention des personnes atteintes de glossodynie. « Ces patients sont dans une souffrance physique bien réelle, observe le Pr Cousty. Aussi est-il essentiel, dès la première consultation, de leur délivrer toutes les informations scientifiques sur la cause et les traitements possibles de la glossodynie. Cette première consultation permet souvent d’améliorer grandement leur confort de bouche. »

Une langue qui brûle est un message d’urgence

Les traitements dépendent essentiellement de l’intensité de la gêne ressentie, mais aussi de la cause de la glossodynie. S’il s’agit d’une mycose, un traitement antifongique est prescrit. Une prescription de vitamines spécifiques permettra d’agir efficacement en cas de carence avérée. Un changement de dentier, l’adaptation de traitements ayant occasionné la sécheresse buccale, sont des mesures qui peuvent améliorer les symptômes douloureux. Des mesures simples, comme le fait de sucer des bonbons sans sucre ou mâcher du chewing-gum, peuvent aussi atténuer la gêne ressentie.

Pour autant, la glossodynie reste une pathologie complexe, d’autant que ses causes s’imbriquent très souvent les unes aux autres. En cas de douleurs anormales et fréquentes au niveau de la langue, qui évoluent depuis plusieurs semaines, il est recommandé de consulter son chirurgien-dentiste dans un premier temps. Il sera en mesure de vous adresser à un confrère référent dans cette pathologie si nécessaire.

« Une langue qui brûle, ce n’est jamais anodin, c’est un message d’urgence envoyé au cerveau, insiste le Pr Cousty. À l’origine de ces douleurs centrées sur la langue et la bouche, organes fortement symboliques liés au plaisir, à la communication, à l’intime voire à la sexualité, il y a souvent un épisode traumatique psychologique significatif dans les mois précédents que le patient n’a pas encore assumé. » Deuil, licenciement, divorce…

Une prise en charge aux multiples facettes

Dans certains cas, une prise en charge pluridisciplinaire, qui associe étroitement le chirurgien-dentiste au psychiatre ou au psychologue, s’avère essentielle. 

« Le soutien psychologique, à commencer par la reconnaissance de la pathologie, permet une nette amélioration de la douleur, pointe le Pr Cousty. La prescription d’antidépresseurs et d’antiépileptiques reste exceptionnelle. Elle peut néanmoins aider ponctuellement, notamment dans les cas plus rares de douleurs nocturnes qui épuisent les patients. Il est rare d’observer une disparition complète des douleurs. Mais avec une prise en charge adaptée, la douleur va progressivement s’atténuer pour devenir une simple gêne, plus ou moins présente en fonction des jours et notamment du niveau de stress et d’anxiété. »



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