Depuis le début de l’été, de nombreux incendies ont ravagé plusieurs milliers d’hectares dans différentes régions de France. Multipliés sous l’effet de la sécheresse et du vent fort, ils inquiètent les autorités.
L’incendie de la forêt de Fontainebleau, poumon vert de la région parisienne, avait brûlé pendant plusieurs jours : au total, plus de 2 0200 hectares dévastés. Depuis quelques jours, c’est en Gironde qu’un incendie de grande ampleur s’est déclaré. Au 24 juillet 2026, ce sont plus de 10 000 hectares parcourus, 20 000 habitants évacués, et 800 pompiers mobilisés. Le ministre lde l’Intérieur Laurent Nuñez qualifie ce feu de forêt du « plus gros feu de la saison ».
Mais les flammes ravageuses ne sont pas le seul danger. C’est aussi la fumée, engendrée par l’incendie, qui inquiète les autorités sanitaires. Cette dernière peut dégrader la qualité de l’air sur des centaines, voire des milliers de kilomètres, et avoir des effets sur la santé, même chez des personnes éloignées ou en bonne santé.
Est-ce mauvais pour la santé de respirer la fumée d’un feu de bois ?
Oui. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la fumée d’un feu de forêt n’est pas seulement une odeur désagréable : « c’est un mélange complexe de particules fines, de gaz irritants et de composés chimiques issus de la combustion du bois, des végétaux, mais aussi parfois des bâtiments situés à proximité de l’incendie », explique le Dr Haïm Murciano, pneumologue.
Même chez une personne en parfaite santé, l’exposition à la fumée peut entraîner des symptômes (yeux qui piquent, toux…) qui sont susceptibles de s’aggraver si l’exposition est intense ou prolongée. Ces manifestations sont liées à une réaction inflammatoire des voies respiratoires : « On peut parler d’une bronchite irritative toxique transitoire », souligne le pneumologue.
Le risque augmente encore lors d’une activité physique. « Pendant un effort, on ventile davantage et on inhale beaucoup plus de particules fines », rappelle le spécialiste.
Peut-on être exposé à la fumée d’un feu de forêt à plusieurs centaines de kilomètres ?
Oui. Contrairement à une idée reçue, il n’est pas nécessaire de voir l’incendie pour en subir les effets : « Les fumées peuvent voyager très loin selon l’orientation des vents, la topographie du terrain et les conditions météorologiques », explique le Dr Haïm Murciano. Il est donc possible d’être exposé à certains polluants même lorsque l’incendie se trouve très loin.
Les principaux polluants responsables des effets sur la santé restent les particules fines comme les PM2,5 : « Ces particules sont capables de pénétrer profondément au niveau de l’arbre bronchique et jusqu’aux alvéoles pulmonaires », précise le spécialiste.
On peut aussi citer les PM10, les oxydes d’azote, les composés organiques volatils, les hydrocarbures aromatiques polycycliques et, à proximité du foyer, le monoxyde de carbone. « La distance diminue donc l’intensité de l’exposition mais ne la supprime pas complètement », résume le spécialiste.
Les conséquences sanitaires dépassent donc largement les seules zones touchées par les flammes. « Lorsqu’il existe des incendies à répétition dans le sud de la France, ce sont parfois de vastes bassins de population qui sont exposés à une dégradation de la qualité de l’air », insiste le pneumologue.
Conséquences des fumées sur la santé : qui est plus à risque ?
Quelles personnes sont vulnérables ? quels effets sur leur santé ?
Certaines populations sont particulièrement vulnérables aux fumées d’incendie. C’est le cas :
- des personnes âgées ;
- des enfants : « Leurs voies respiratoires sont encore immatures et leur fréquence respiratoire est plus élevée que celle des adultes. Ils inhalent donc davantage d’air et de particules fines », explique le pneumologue ;
- des patients souffrant déjà d’une maladie respiratoire : les conséquences peuvent être plus importantes : « Chez les patients asthmatiques ou atteints de BPCO, la fumée peut provoquer une exacerbation de la maladie. Les bronches se contractent, s’enflamment, produisent davantage de mucus et les symptômes respiratoires peuvent devenir très importants », prévient le pneumologue ;
- de la femme enceinte : l’exposition concerne à la fois la mère et le fœtus : « La pollution peut altérer l’oxygénation normale du fœtus, ce qui justifie une vigilance particulière en cas d’exposition répétée ou intense », indique le Dr Haïm Murciano ;
- des personnes atteintes de maladies cardiovasculaires : « Ces patients disposent souvent de moins de réserves respiratoires et cardiovasculaires, ce qui les rend plus sensibles aux effets de la fumée », précise-t-il.
Des personnes exposées aux dangers des fumées d’incendie par leur métier
L’intensité de l’exposition joue aussi un rôle majeur. « Les pompiers, les secouristes, les gardes forestiers ou encore les agriculteurs figurent parmi les populations les plus exposées » selon l’expert. Ainsi, chez les pompiers, on constate « une augmentation de la probabilité d’effets respiratoires aigus qui peuvent durer pendant deux à trois ans après la fin de la lutte contre les incendies », selon une vaste étude menée par l’Anses, l’Agence de santé environnementale (source 1).
Quels symptômes doivent alerter après une exposition à la fumée ?
Dans la majorité des cas, les symptômes restent modérés et disparaissent rapidement après l’éloignement de la source de fumée. « Les manifestations les plus fréquentes à court terme sont une irritation de la gorge, un nez qui coule, des yeux qui piquent et une toux modérée. Ces symptômes régressent généralement rapidement lorsque l’exposition cesse », selon le Dr Haïm Murciano.
Les symptômes respiratoires qui doivent alerter
Certains signes doivent toutefois conduire à consulter rapidement, selon le pneumologue :
- un essoufflement inhabituel ;
- des sifflements respiratoires ;
- une oppression thoracique ;
- une toux persistante qui s’aggrave ;
- des difficultés à parler ou à l’effort ;
- un malaise ;
- des palpitations ;
- des douleurs thoraciques.
Ces symptômes peuvent révéler une atteinte plus sévère des bronches. « Cela peut correspondre à une décompensation d’une maladie respiratoire ou à une atteinte importante de l’arbre bronchique avec parfois un œdème bronchique », précise-t-il.
Chez les personnes asthmatiques, une vigilance particulière est nécessaire. « Elles doivent utiliser leur bronchodilatateur de secours en cas d’exposition importante à la fumée et contacter rapidement leur pneumologue », rappelle le Dr Murciano.
Aussi des symptômes ORL, oculaires et cutanés
L’expostion est également associée à une augmentation de certains symptômes ORL (oreille, nez, george) avec :
- une augmentation des maux de george ;
- une augmentation des consultations pour otite moyenne chez les enfants.
- une augmentation des rhinites ;
L’Anses (source 1) constate aussi une hausse des symptômes oculaires avec :
- des irritations des yeux ;
- des démangeaisons ;
- des larmoiements.
Une augmentation des consultations pour dermatite atopique et démangeaisons cutanées est aussi observée.
Quels sont les bons réflexes pour se protéger de la fumée des feux ?
La mesure la plus efficace consiste à réduire autant que possible son exposition.
À noter que faire du sport lorsque l’air est chargé en fumées peut augmenter les risques. « Ce n’est donc pas le moment d’aller courir ou pratiquer une activité physique intense en extérieur », prévient-il.
Si les fumées atteignent le domicile, mieux vaut garder son logement fermé : « Il faut fermer les portes et les fenêtres lorsque l’air extérieur est dégradé », indique le spécialiste. Dans ce cas, le pneumologue conseille également de limiter les sources de pollution intérieure : « Lorsque l’on n’aère pas, il faut éviter d’ajouter d’autres polluants dans le logement comme le tabac, les bougies parfumées, les encens ou encore certaines fritures », précise-t-il. L’utilisation d’un purificateur d’air équipé d’un filtre HEPA peut également être utile.
Concernant les masques, tous ne se valent pas : « Le masque chirurgical protège très mal contre les particules fines », rappelle le Dr Haïm Murciano. En cas de sortie indispensable, il recommande plutôt un masque filtrant : « Les masques les plus efficaces sont les FFP2 ou les N95, à condition qu’ils soient correctement portés », souligne-t-il.
Les personnes souffrant d’asthme ou de BPCO doivent être particulièrement vigilantes : « Elles doivent poursuivre leur traitement de fond, garder leur traitement de secours à portée de main et consulter rapidement leur médecin en cas de symptômes », conclut le pneumologue.