Chaussures trop plates et mal de dos : l’alerte des
podologues
Vous jurez que le plat, c’est le confort ; le soir, vos
lombaires racontent autre chose. Depuis quelques saisons, certains
modèles ultra-plats, très prisés en ville comme au bureau,
reviennent en force. Les podologues, eux, haussent les sourcils.
Car sous un vernis de simplicité, ces paires imposent une
contrainte biomécanique que le corps encaisse mal au fil des
heures.
« Le pied humain est une structure extraordinaire optimisée
sur des millions d’années, » décrit Antoine Perrier, docteur
en biomécanique et podologue à l’APHP, selon Sciences & Avenir.
Base de l’équilibre, il dialogue avec les genoux, le bassin et la
colonne. Quand l’appui déraille, la chaîne remonte. Le modèle en
cause surprend souvent.
Ballerines, tongs, mules plates : pourquoi elles tirent sur le
dos
Le cœur du problème tient à la hauteur nulle du talon et à
l’absence de soutien. Les ballerines très souples, les tongs, les
mules extra-plates et les baskets type skate zéro
drop maintiennent le tendon d’Achille en étirement
continu. Cette tension file vers les mollets, puis les
ischio-jambiers, jusqu’aux lombaires. Passé 2
heures de marche avec ce type de chaussant, les tensions
s’installent et la posture se ferme, favorisant le mal de
dos. Autre effet ricochet : la voûte s’affaisse, le pied
part en pronation, les genoux rentrent.
Les études compilées par Sciences & Avenir montrent aussi à quel
point nos habitudes ont dévié la foulée : aujourd’hui, 95
% des coureurs amateurs attaquent par le talon, un schéma
qui augmente les chocs transmis vers le dos. Les tongs et mules
aggravent le tableau en obligeant à crisper les orteils pour les
retenir, ce qui modifie la marche et peut mener à des
« orteils en marteau ». Au quotidien, multiplier ces
contraintes finit par épuiser la chaîne musculo-squelettique.
Talon idéal et règle d’or : quel repère pour vos lombaires
Les recommandations cliniques convergent sur un repère simple :
viser un talon de 3 à 4 centimètres pour respecter
la cambrure naturelle. À l’inverse, rester en chaussures
trop plates toute la journée accroît la traction sur
l’arrière de la jambe, puis sur le bas du dos. Le zéro centimètre
n’est pas un crime, mais il convient à des usages courts ou à des
personnes déjà entraînées à ce type d’appui.
Ne regardez pas que la hauteur. Les spécialistes rappellent les
quatre angles morts fréquents : talon instable, pointe trop
étroite, rigidité qui bloque le déroulé, semelle épaisse ou au
contraire trop molle qui coupe ou brouille les sensations. Un
soutien trop envahissant n’est pas la solution non plus : « Le
soutien de voûte plantaire est l’une des pires catastrophes des
chaussures modernes, » déclare Yvan Raggi, podologue à Nantes.
L’objectif, c’est un pied qui travaille, mais sans tirer votre
dos.
Que garder et que jeter dans votre placard ce printemps ?
Faites un tri franc. À bannir pour la marche prolongée : les
ballerines molles qui se plient en deux, les
mules extra-plates sans maintien arrière, les
tongs fines, les espadrilles très souples et les
sneakers totalement plates de type skate. À limiter aux trajets
courts : sandales plates et ballerines un peu plus structurées. Le
“syndrome de la citadine qui piétine en ultra-plat et finit avec
cervicalgies ou fasciite plantaire” n’a rien d’une légende
urbaine.
Gardez ou remplacez par des mocassins ou sneakers stables avec
un petit talon de 2 à 4 cm, avant suffisamment large, contrefort
qui tient le talon et semelle ni trop molle ni trop rigide. Pour
celles et ceux qui aiment le plat, choisissez des modèles avec
voûte anatomique discrète, ou trichez avec une talonnette en gel de
silicone (1 à 1,5 cm) qui détend le tendon d’Achille et soulage la
posture. Et alternez les hauteurs dans la semaine : votre dos dira
merci, en silence.