
L’otite du baigneur est une otite externe : elle touche la peau du conduit auditif, entre le pavillon et le tympan, et non l’oreille moyenne. Elle apparaît lorsque les défenses locales de cette peau sont affaiblies, puis que des bactéries, plus rarement des champignons, prolifèrent. Chercher à déboucher une oreille après une baignade avec un coton-tige réunit précisément les deux éléments qui favorisent ce processus : l’humidité persistante et les microtraumatismes.
L’eau affaiblit la barrière naturelle du conduit
Le conduit auditif n’est pas une simple cavité. Sa peau est protégée par le cérumen, une substance grasse qui limite la pénétration de l’eau, piège des particules et participe à un milieu défavorable à la multiplication microbienne. Pendant une baignade prolongée, l’eau peut éliminer une partie de cette protection et rester retenue dans les courbures du conduit ou derrière un amas de cérumen.
Si l’oreille sèche mal, la peau demeure humide et se ramollit : c’est la macération. Cette modification fragilise sa couche superficielle et facilite l’adhésion puis la croissance de micro-organismes, notamment des bactéries déjà présentes dans le conduit ou apportées par l’environnement. Les risques à nager en eaux vives ou en piscine ne dépendent donc pas uniquement de la qualité microbiologique de l’eau. La durée d’exposition, la répétition des baignades, la chaleur, l’humidité ambiante et l’anatomie du conduit comptent également.
L’eau n’est toutefois pas, à elle seule, synonyme d’infection. Une oreille saine peut généralement l’évacuer. Le risque augmente surtout lorsqu’elle stagne dans un conduit dont la barrière cutanée a déjà été altérée.
L’usage du coton-tige favorise les otites. © Michael Nivelet, Adobe Stock
Le coton-tige transforme l’humidité en porte d’entrée
Le coton-tige semble absorber l’eau, mais son passage dans le conduit peut produire l’effet inverse. Il repousse parfois le cérumen vers le fond, où celui-ci forme un obstacle retenant davantage l’humidité. Surtout, le frottement enlève une partie du film protecteur et crée de petites éraflures invisibles. Ces lésions offrent aux bactéries une porte d’entrée dans une peau déjà ramollie par l’eau.
Le même mécanisme explique pourquoi se gratter l’oreille avec un doigt, une serviette ou tout autre objet favorise l’otite externe. Se nettoyer les oreilles ne devrait donc pas signifier décaper le conduit : celui-ci possède un système naturel d’évacuation du cérumen vers l’extérieur. Introduire un objet trop profondément expose aussi à une irritation, à un bouchon et, plus rarement, à une atteinte du tympan avec des conséquences sur l’audition.
Une fois l’inflammation installée, le conduit peut devenir douloureux, démanger et gonfler ; une pression sur le tragus, le petit relief situé devant son entrée, réveille souvent la douleur.
Le déclencheur principal est ainsi moins la baignade isolée que l’association entre eau retenue, disparition du cérumen protecteur et traumatisme local. Pour prendre soin de sa santé auditive après la baignade, le principe consiste à laisser l’eau s’écouler et à sécher seulement l’entrée de l’oreille, sans introduire de coton-tige dans le conduit.