Perdre l’odorat ou le goût : une étude révèle un impact aussi grave sur la vie que le diabète ou Parkinson.


Pendant la pandémie de coronavirus, deux symptômes ont beaucoup
fait parler : la perte d’odorat (anosmie) et de goût. Si cela a
autant intrigué c’est car on ne parlait jusque-là jamais de ces
deux troubles pourtant très handicapants. En effet, selon une
méta-analyse menée par l’Université d’East Anglia (Royaume-Uni),
dont les résultats sont parus le 17 juin dans la revue Clinical Otolaryngology, ces
problèmes olfactifs et gustatifs sont loin d’être mineurs : ils
pourraient affecter la qualité de vie au même titre que des
maladies comme le diabète, Parkinson, l’insuffisance rénale ou un
accident vasculaire cérébral (AVC).

Pour son étude, l’équipe de recherche a comparé la qualité de
vie de personnes souffrant de ces deux troubles à celle d’individus
atteints de diverses maladies chroniques invalidantes (asthme,
insuffisance cardiaque… Résultats : les patients souffrant
d’anosmie ou d’agueusie ont rapporté des difficultés émotionnelles,
psychologiques et sociales équivalentes, voire supérieures, à
celles des groupes témoins.

Pour les chercheurs, cela s’explique car les systèmes olfactif
et gustatif jouent un rôle bien-au-delà de la simple identification
des saveurs. Les patients affectés décrivent notamment une perte de
plaisir dans le fait de manger. Ce rituel auparavant agréable
devient une simple nécessité mécanique.

Un repli sur soi inquiétant

« L’odorat est responsable de la
majeure partie de ce que les gens perçoivent comme le goût,

déclare le professeur Carl Philpott, chercheur principal à la
faculté de médecine de Norwich East Anglia (UEA). Ainsi,
lorsqu’il est perdu, les repas peuvent paraître fades, métalliques,
voire repoussants. Certaines personnes perdent du poids par manque
d’appétit, tandis que d’autres en prennent en recherchant des
saveurs plus fortes ou plus sucrées. »

Ce paramètre bouleverse au passage les interactions sociales
liées à la nourriture et les expériences partagées entre amis,
entraînant un repli sur soi quasiment systématique. Les patients
font état de taux élevés de dépression et d’anxiété, alertent les
chercheurs.

Qui plus est, ces troubles entraînent des risques majeurs. En
effet, les personnes affectées sont désormais incapables de
détecter des fuites de gaz ou de repérer si un aliment est
avarié.

« Un problème que la médecine a tardé à prendre au sérieux »

Pour finir, cette recherche met en lumière le phénomène de la
parosmie, une perception olfactive altérée régulièrement décrite
pendant la pandémie de Covid-19 : des odeurs normales deviennent
nauséabondes.

Alors que le corps médical a tendance à sous-estimer l’impact de
ces troubles, les considérant comme passagers ou mineurs, les
scientifiques appellent les soignants à les prendre plus au
sérieux. « Le problème, c’est que les médecins rassurent
souvent les patients en leur disant que le problème est mineur ou
temporaire, même lorsque les symptômes persistent pendant des
années. Les services spécialisés sont rares et l’accès aux
traitements reste limité »,
alerte le Pr Philpott.

Depuis la pandémie de Covid, bien que beaucoup de patients
affectés aient retrouvé le goût et l’odorat, certains ont gardé des
séquelles sensorielles. « Mais nos travaux suggèrent que la
Covid n’a fait que révéler un problème qui existait depuis des
décennies – un problème que la médecine a tardé à prendre au
sérieux »,
déclare le chercheur dans un communiqué de presse paru sur le
site de son Université. Et de conclure : « une meilleure
reconnaissance, des investissements dans les cliniques spécialisées
et une recherche accrue sur les traitements sont nécessaires de
toute urgence – non pas pour rassurer, mais pour une véritable
santé et un bien-être optimal ».

Quelles sont les causes possibles d’une
perte de goût et/ou d’odorat ?

En France, d’après Santé Publique France, en 2022, 3% de la
population était concernée par l’anosmie et l’agueusie. Pour 63%
des répondants, cette altération durait depuis plus de deux mois.
Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, elle résultait
d’un Covid long pour 13% des patients
seulement.

D’après cette enquête, 41% des patients auraient déclaré un
impact modéré, fort ou très fort dans leur quotidien. « La
prévalence de ces troubles varie particulièrement selon l’âge et le
sexe, mais aussi selon certains facteurs socioéconomiques »,
précise Santé Publique France d’après qui ils seraient plus élevé
chez les femmes que chez les hommes. Les personnes âgées seraient
également plus concernées ainsi que celles présentant de plus
faibles niveaux d’études et de revenus.

En dehors du Covid-19, l’anosmie et l’agueusie peuvent être
causées par une infection respiratoire de type grippe ou
rhinopharyngite mais aussi résulter de problèmes nasaux chroniques
comme une sinusite au long court, une déviation importante de la
cloison nasale, des polypes nasaux…

Certaines maladies endocriniennes comme l’hypothyroïdie ou
neurologiques comme Parkinson ou Alzheimer peuvent également
entraîner une diminution de l’odorat. C’est d’ailleurs parfois un
symptôme avant-coureur d’une maladie neurologique. Des traumatismes
crâniens peuvent aussi endommager des nerfs impliqués dans
l’odorat. Enfin, certains antibiotiques, antidépresseurs,
antihypertenseurs ou traitements anti-cancéreux peuvent être en
cause.

Si vous perdez l’odorat ou le goût brutalement, sans raison
apparente et que cela dure plus de quelques semaines, rendez-vous
chez votre médecin traitant ou un ORL.



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